Patrick BORD

REFLEXIONS ECONOMIQUES ET PROSPECTIVES

          
Economies Pauvres : le Facteur Déclenchant

Les schémas classiques de développement ne suffisent plus à garantir la sortie durable du sous-développement. Nous proposons ici un nouveau modèle volontariste qui pourrait s'appliquer à Madagascar. Août 1999.


Nous parlons ici de ces pays qui, souvent victimes d’une longue période d’isolement, n’ont pas encore décollé et dont les principales ressources financières sont celles qui proviennent des grands organismes internationaux, tels que le FMI ou la Banque Mondiale.

Les schémas classiques de développement s'appliquent, évidemment. Mais ils prennent tant de temps et subissent de tels aléas que les risques de rechute sont trop importants pour être ignorés.  Au bout du compte, des régimes, souvent autoritaires, s'appropriant une large part des richesses vives, se pérennisent et entretiennent ainsi le sous-développement.

EGIS a récemment proposé un nouveau modèle de développement, d’ailleurs non mutuellement exclusif des schémas classiques.

Le gouvernement qui veut sincèrement l’appliquer doit d’abord donner aux investisseurs, d’où qu’ils viennent, les garanties qui s’imposent :

  • un combat déterminé contre toutes les formes de corruption
  • la renonciation aux pratiques fiscales rétroactives
  • une justice efficace
  • une possibilité d’arbitrage international des litiges.

Ce modèle stipule ensuite que l’économie locale doit d’abord satisfaire les besoins locaux. L’économie internationale est pleine d’exemples de surcapacités sectorielles qui provoquent des ajustements douloureux dans les pays les plus vulnérables. Les crises économiques y sont plus dures et ont des conséquences sociales durables, notamment parce que la bourgeoisie récente s’y retrouve en situation de faillite.

Au contraire, les besoins locaux des pays pauvres sont mieux appréhendés par le gouvernement, les institutions internationales et les investisseurs. Ils sont fondamentaux et durables. Ils restent relativement indépendants des fluctuations économiques et financières. Leur seule faiblesse est l’absence de marché pour cause d’insolvabilité des acheteurs locaux.

Considérons le problème résolu : une économie locale au service de besoins jugés prioritaires génère déjà une certaine richesse qui solvabilise la demande locale. Pour passer à une telle économie, il faut imaginer un facteur déclenchant.

EGIS propose l’approche suivante : dans chacun de la dizaine de secteurs jugés prioritaires par le gouvernement, celui-ci va faire entrer un grand champion mondial. Et, pour favoriser cette entrée, le gouvernement va promettre une protection limitée sur le marché intérieur.

Concrètement, il s’agit d’abord de convaincre l’ensemble des acteurs, instances internationales, gouvernement, investisseurs potentiels, du bien fondé de cette approche afin qu’ils l’exécutent ensemble. Ensemble ils valideront les choix des secteurs prioritaires pour le développement de l’économie locale.

Dans un second temps, le gouvernement doit recueillir les offres des investisseurs potentiels. Les plus intéressantes sont celles qui font le pari le plus audacieux sur le développement local, comprenant une partie d’exportation de richesse. Elles sont appréciées sur la création de valeur dégagée localement, financièrement mais également en matière de création d’emplois, de formation et de retombées économiques. Le gouvernement doit aussi prendre en compte les demandes qui lui sont faites, notamment en termes d’infrastructures et de protection sur le marché intérieur.

Ces protections sont indispensables à la rentabilité future d’investissements qui, sinon, ne se justifieraient pas. Pourquoi prendre le risque d’irriguer une économie insolvable si les produits peuvent entrer librement aux cours mondiaux les plus bas ? Néanmoins, ces protections doivent aussi rester limitées en ampleur et dans le temps. Les instances internationales, acteur majeur de ce modèle, sont particulièrement vigilantes à ce que ne s’instaure pas une économie de monopoles qui viendrait à son tour limiter la croissance à venir de ce pays.

La limitation en ampleur permet aux acheteurs locaux d’exercer un certain choix dans leurs approvisionnements, même si le fournisseur local reste privilégié. La limitation dans le temps incite les investisseurs à accélérer le processus de création du marché local et donc à contribuer au facteur déclenchant.

Ce modèle impose la simultanéité des procédures de lancement d’appels d’offres dans tous les secteurs retenus. Le marché ne peut pas être solvabilisé par un petit nombre d’investissements, mais par une conjonction de projets suffisamment importante pour être crédible.

Nous avons conscience d’imposer une démarche lourde à un pays qui n’en a pas, seul, les moyens. Mais il s’agit précisément là d’une démarche qui peut être financée et encadrée par les instances internationales… que je remercie ici pour leur étude de ce modèle.

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