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Economies Pauvres : le Facteur Déclenchant
Les schémas classiques
de développement ne suffisent plus à garantir la sortie durable du
sous-développement. Nous proposons ici un nouveau modèle volontariste
qui pourrait s'appliquer à Madagascar. Août 1999.
Nous parlons ici de ces pays qui, souvent
victimes d’une longue période d’isolement, n’ont pas encore décollé
et dont les principales ressources financières sont celles qui
proviennent des grands organismes internationaux, tels que le FMI ou la
Banque Mondiale.
Les schémas classiques de développement
s'appliquent, évidemment. Mais ils prennent tant de temps et subissent de
tels aléas que les risques de rechute sont trop importants pour être
ignorés. Au bout du compte, des régimes, souvent autoritaires,
s'appropriant une large part des richesses vives, se pérennisent et
entretiennent ainsi le sous-développement.
EGIS
a récemment proposé un nouveau modèle de développement, d’ailleurs
non mutuellement exclusif des schémas classiques.
Le gouvernement qui veut sincèrement
l’appliquer doit d’abord donner aux investisseurs, d’où qu’ils
viennent, les garanties qui s’imposent :
- un combat déterminé contre toutes
les formes de corruption
- la renonciation aux pratiques fiscales
rétroactives
- une justice efficace
- une possibilité d’arbitrage
international des litiges.
Ce modèle stipule ensuite que l’économie
locale doit d’abord satisfaire les besoins locaux. L’économie
internationale est pleine d’exemples de surcapacités sectorielles qui
provoquent des ajustements douloureux dans les pays les plus vulnérables.
Les crises économiques y sont plus dures et ont des conséquences
sociales durables, notamment parce que la bourgeoisie récente s’y
retrouve en situation de faillite.
Au contraire, les besoins locaux des pays
pauvres sont mieux appréhendés par le gouvernement, les institutions
internationales et les investisseurs. Ils sont fondamentaux et durables.
Ils restent relativement indépendants des fluctuations économiques et
financières. Leur seule faiblesse est l’absence de marché pour cause
d’insolvabilité des acheteurs locaux.
Considérons le problème résolu :
une économie locale au service de besoins jugés prioritaires génère déjà
une certaine richesse qui solvabilise la demande locale. Pour passer à
une telle économie, il faut imaginer un facteur déclenchant.
EGIS propose
l’approche suivante : dans chacun de la dizaine de secteurs jugés
prioritaires par le gouvernement, celui-ci va faire entrer un grand
champion mondial. Et, pour favoriser cette entrée, le gouvernement va
promettre une protection limitée sur le marché intérieur.
Concrètement, il s’agit d’abord de
convaincre l’ensemble des acteurs, instances internationales,
gouvernement, investisseurs potentiels, du bien fondé de cette approche
afin qu’ils l’exécutent ensemble. Ensemble ils valideront les choix
des secteurs prioritaires pour le développement de l’économie locale.
Dans un second temps, le gouvernement
doit recueillir les offres des investisseurs potentiels. Les plus intéressantes
sont celles qui font le pari le plus audacieux sur le développement
local, comprenant une partie d’exportation de richesse. Elles sont appréciées
sur la création de valeur dégagée localement, financièrement mais également
en matière de création d’emplois, de formation et de retombées économiques.
Le gouvernement doit aussi prendre en compte les demandes qui lui sont
faites, notamment en termes d’infrastructures et de protection sur le
marché intérieur.
Ces protections sont indispensables
à la rentabilité future d’investissements qui, sinon, ne se
justifieraient pas. Pourquoi prendre le risque d’irriguer une économie
insolvable si les produits peuvent entrer librement aux cours mondiaux les
plus bas ? Néanmoins, ces protections doivent aussi rester limitées
en ampleur et dans le temps. Les instances internationales, acteur majeur
de ce modèle, sont particulièrement vigilantes à ce que ne s’instaure
pas une économie de monopoles qui viendrait à son tour limiter la
croissance à venir de ce pays.
La limitation en ampleur permet aux
acheteurs locaux d’exercer un certain choix dans leurs
approvisionnements, même si le fournisseur local reste privilégié. La
limitation dans le temps incite les investisseurs à accélérer le
processus de création du marché local et donc à contribuer au facteur déclenchant.
Ce modèle impose la simultanéité des
procédures de lancement d’appels d’offres dans tous les secteurs
retenus. Le marché ne peut pas être solvabilisé par un petit nombre
d’investissements, mais par une conjonction de projets suffisamment
importante pour être crédible.
Nous avons conscience d’imposer une démarche
lourde à un pays qui n’en a pas, seul, les moyens. Mais il s’agit précisément
là d’une démarche qui peut être financée et encadrée par les
instances internationales… que je remercie ici pour leur étude de ce
modèle.
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