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De la Représentation
Indépendante des Actionnaires Salariés
La mise en place d'un
actionnariat salarié peut être optimisée par une représentation forte
et indépendante de cette nouvelle catégorie de partenaires de
l'entreprise. Les raisons sont fortes. Juillet 1999.
La plupart des programmes
d’actionnariat salarié se sont fait à des conditions avantageuses pour
les employés et cadres des entreprises, c’est-à-dire en-dessous des
prix de marché. Est-ce à dire que ce cadeau se suffit à lui-même et
que les partenaires sociaux tirent le plus grand profit de cette forme
d’intéressement ? Nous ne le pensons pas et souhaitons montrer ici
la richesse potentielle pour les partenaires d’une reconnaissance
effective et entière des associations d'entreprises d'actionnaires salariés,
dès le moment où celles-ci sont (1) réellement représentatives et (2)
indépendantes des autres pouvoirs (direction, syndicats, politique).
Considérons d’abord le point de vue
des actionnaires salariés eux-mêmes. Ils peuvent penser qu’une bonne
information régulière sur l’évolution financière de l’entreprise
et le cours du titre suffit à les rassurer quant à leur choix
d’investissement. La réalité est tout autre. En voici quelques
exemples.
Confrontés à un nouvel
investissement, les salariés sont-ils bien en mesure d’évaluer la
valeur de marché des conditions qui leur sont imposées ? Dans
nombre de circonstances, ils n’auront pas tous les droits des autres
actionnaires, comme celui de vendre leurs titres à tout moment ou le
droit de vote. Le marché sanctionne, parfois durement, l’absence de
liquidité d’un titre ou l’absence du droit de vote. Ces deux caractéristiques
se retrouvent dans les actions à dividende prioritaires dont le cours,
ramené à égalité de traitement financier, est souvent inférieur de
moitié à celui des actions ordinaires.
Par la suite, de nombreux problèmes
financiers, juridiques et fiscaux apparaîtront pour les détenteurs de
ces titres. L’actionnariat salarié est encore récent en France et la
jurisprudence en pleine évolution. Confrontés individuellement à ces
problèmes, les salariés actionnaires sont démunis. Dans les conflits
d’interprétation avec la direction, celle-ci choisit presque systématiquement
l’interprétation qui lui est la plus favorable et laisse l’individu
isolé à sa rancœur.
Les salariés peuvent, au-delà des
plans qui leur sont offerts, choisir d’investir dans leur entreprise à
titre personnel. Mais leur information, y compris sur leur entreprise,
est-elle aussi affûtée que celle des gestionnaires institutionnels ?
Ceux-ci, ou les analystes qui les conseillent, sont fréquemment reçus
par la direction pour poser toutes leurs questions et faire connaître
leurs desiderata en matière de stratégie, de gestion, de communication
financière et de gouvernement d’entreprise.
Enfin, les salariés actionnaires
sont des partenaires tout à fait spéciaux de l’entreprise. Armés de
la double casquette du salarié et de l’actionnaire, ils sont sur les
deux terrains de l’opérationnel et de la gestion de l’épargne. Ils
sont mieux à même que tout autre partenaire de l’entreprise de juger
du bien fondé d’un certain nombre de décisions à caractère
conflictuel et peuvent imposer des choix " sublimés "
qui respectent les premiers en enrichissant les seconds. Il arrive que les
actionnaires applaudissent bruyamment aux restructurations et recentrages
d’entreprises, mais les actionnaires salariés seront plus enclins à
exiger des redéploiements et des stratégies de croissance durable et
profitable.
On le voit par ces quelques exemples,
c’est l’intérêt de chaque actionnaire salarié de pouvoir bénéficier
d’un certain nombre de services d’information et de représentation,
qui ne peuvent lui être apportés que par une structure associative
forte, représentative et indépendante.
On a pu voir quelques cas où entreprises
et actionnaires salariés ont des intérêts divergents. Cette divergence
n’est qu’apparente et à court terme. A long terme, les actionnaires
salariés souhaitent la bonne santé de leur entreprise et celle-ci
souhaite enrichir ses salariés comme ses actionnaires. La confrontation
de leurs points de vue ne peut donc qu’être profitable à la
collectivité.
Examinons maintenant l’intérêt propre
de l’entreprise vis-à-vis d’une représentation indépendante et
forte de ses actionnaires salariés.
Tous les services qui rassurent et
confortent les actionnaires salariés sont, a priori, bons pour
l’entreprise. La capacité à dialoguer dans une atmosphère de respect
mutuel est une force des organisations modernes. Ainsi, même quand les
actionnaires salariés sont représentés pour faire valoir un point de
vue particulier, cette représentation renforce l’entreprise sur le long
terme.
Ce sera notamment le cas quand
l’entreprise sollicitera ses salariés pour des efforts particuliers.
Les salariés étant également actionnaires comprennent mieux la nécessité
et le sens de ses efforts. Et ils peuvent également en tirer un certain
profit. C’est au sein de leur association que peut être débattu le
meilleur compromis. La direction peut et doit enrichir ses projets de la
créativité naturellement consensuelle d’une telle représentation.
Les actionnaires salariés sont également
susceptibles de rétablir l’équilibre dans les relations entre la
direction et les autres catégories d’actionnaires. Propriétaires de
l’entreprise pour une longue période, les actionnaires salariés
peuvent constituer un puissant contrepoids aux spéculateurs qui ne
cherchent la création de valeur que dans les fusions-absorbtions ou dans
les programmes de rachat d’actions.
Inversement, les actionnaires
traditionnels sont souvent démunis pour exercer un contrôle réel sur la
gestion de l’entreprise. Les administrateurs, dont l’élection est
soumise à l’assemblée générale par la direction de l’entreprise ou
par une cooptation du conseil, manquent de motivation et de moyens pour
remplir complètement leur mission de contrôle. Il se trouve que les
salariés sont témoins de nombreuses pratiques qui ne les gênent pas
forcément, sauf quand ils deviennent également actionnaires de
l’entreprise. La remontée de ces témoignages au conseil
d’administration doit être susceptible de rassurer les autres
investisseurs quant à la qualité de la gestion sur le terrain.
Les bénéfices de cette politique
se situeraient notamment au niveau de l’évaluation des risques :
nombre d’institutions financières admettent aujourd’hui qu’elles
auraient eu intérêt à favoriser une remontée non hiérarchique des
alertes sur des engagements présentant des caractéristiques nouvelles de
contrepartie, de taille ou d’application.
Ainsi, nous proposons que les entreprises
favorisent en leur sein l’existence d’associations d’actionnaires
salariés, les aident à se développer en toute indépendance, qu’elles
les reconnaissent comme des partenaires objectifs et responsables, et
qu’enfin elles admettent ces associations au cœur des réseaux
d’informations, en les informant au mieux et en demandant en retour des
informations et des avis en provenance du terrain.
Grâce à leur double statut, les
actionnaires salariés peuvent contribuer positivement à la sublimation
des conflits dans l’entreprise et à une meilleure visibilité
actionnariale. A la condition d’être réunis en associations fortes et
indépendantes, ils sont donc un puissant moteur de création de valeur
dans l’entreprise.
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