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Du bon usage de
l'actionnariat salarié
L'actionnariat salarié répond
à de nombreux besoins des divers partenaires entreprises, salariés et l'Etat.
Mais les entreprises devraient fortement encourager sa représentation indépendante.
Cet article a été publié comme libre opinion dans Les Echos du
01-09-99.
Peu désireuse de choisir entre
capitalisme et socialisme, la France est naturellement séduite par toute
troisième voie qui lui paraîtrait viable entre les deux. Et
l’actionnariat salarié présente toutes les caractéristiques d’une
telle viabilité.
Constatons d’abord les éloges :
d’un côté, on vante la nouvelle motivation des salariés, une
renaissance de leur intérêt pour l’entreprise, une pédagogie active
de la création de valeur et de la mécanique financière, une alternative
à l’augmentation des rémunérations fixes et aveugles ; de
l’autre côté, on loue la redistribution des richesses créées, le
nouvel outil pour se faire entendre du patronat, des administrateurs et même
des autres catégories d’actionnaires et une vision mieux équilibrée
des enjeux de l’entreprise ; enfin, l’Etat favorise, par quelques
cadeaux fiscaux et sociaux, une épargne à long terme utilement investie
dans les entreprises et la contribution à la paix sociale.
L’actionnariat salarié a facilité
bien des privatisations. Gageons qu’il devienne à son tour un objectif
clairement exprimé pour privatiser les dernières citadelles publiques de
l’économie marchande. Une fois le personnel suffisamment intéressé à
leur rentabilité, il pourrait bien cesser de prendre les usagers en otage
chaque fois que plane une menace sur ses avantages acquis.
Heureusement, l’actionnariat salarié a
aussi ses contradicteurs. Du côté des patrons qui n’envisagent pas de
partager le pouvoir et des syndicats qui doivent entretenir la
mobilisation revendicatrice de leur base. Un salarié qui commence à
penser comme un actionnaire n’est plus tout à fait un salarié, ce qui
chagrine le syndicat. Et s’il commence à agir comme un actionnaire, il
risque d’indisposer le patron.
A ce stade du développement de ce système
dans notre pays, j’identifie trois besoins importants et urgents.
Le premier est de codifier, par des définitions
fiscales et sociales, les accès que les entreprises et l’Etat
souhaitent donner à la détention d’actions de leur entreprise par les
salariés. Quelques schémas simples et clairs, donnant droit à des
abondements bien définis tant par l’entreprise (décote, financement,
durée minimale de détention) que par l’Etat (traitement particulier
des cadeaux faits par l’entreprise). Une telle standardisation
permettrait de banaliser l’ouverture privilégiée du capital aux salariés,
par exemple chaque année, plutôt que d’en faire un évènement
exceptionnel au moment des offres publiques de vente. Elle éviterait également
les malentendus qui ne manquent pas de surgir entre les partenaires
sociaux dans un environnement trop complexe et diversifié. On n’a pas
fini de parler du traitement juridique, fiscal et social des actions détenues
par le personnel d’Air France.
Le second besoin concerne les droits des
actionnaires salariés. Certes, on comprend qu’ils ne puissent amortir
instantanément la décote qui leur a été accordée et qu’il leur soit
ainsi imposée une période minimum de détention. Il est par contre
essentiel que les salariés conservent l’intégralité de leurs autres
droits, dont le droit de vote et le droit d’apporter leurs actions en
cas d’OPE ou d’OPA.
Troisièmement, et surtout, les
entreprises devraient réaliser le formidable gisement qui existe dans la
représentation indépendante des actionnaires salariés. Toute
association qui est à la fois représentative de cette catégorie de
personnel et qui s’engage à rester indépendante à la fois du
management et des syndicats traditionnels, mérite d’être encouragée
moralement et concrètement.
D’abord au titre du respect que
l’entreprise doit à ses partenaires, quels qu’ils soient. Ensuite
parce que ces associations, fortes et portant un regard patrimonial sur
l’entreprise, seront un pont efficace entre une direction qui cherche à
imposer des idées parfois venues de loin et des syndicats quelque peu
crispés sur des schémas passés. Enfin parce que les associations
d’actionnaires salariés doivent également devenir un interlocuteur
majeur des administrateurs à partir du moment où ceux-ci cherchent sérieusement
les moyens d’exercer leur indispensable contrôle sur le management.
Alors pourra-t-on envisager un
contre-pouvoir à l'influence croissante et souvent dénoncée des
gestionnaires de fonds de retraite.
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