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Koizumi monétisera-t-il
la dette publique japonaise ?
Le nouveau premier
ministre et la Banque du Japon devront peut-être faire travailler la
planche à billets. Nous décrivons ici 4 avantages à un peu d'inflation
dans l'actuelle économie japonaise. Avril 2001.
L'histoire économique japonaise
contraste singulièrement avec celle des autres pays de l'OCDE. Le Japon
s'est relevé de l'état où l'avait laissé sa défaite de 1945 et a
continué à progresser plus longtemps que les autres pays, jusqu'à
devenir l'égal des Etats-Unis à la fin des années 80. Sa puissance
financière, sa maîtrise technologique, son empire commercial, son
savoir-faire managérial en faisaient clairement le second pôle mondial
auquel il ne manquait que la dimension militaire pour passer premier.
Pourtant les années 90
ont vu la singulière résurrection de l'économie américaine et la chute
aux enfers pour beaucoup d'acteurs économiques japonais autrefois enviés
: les banques au premier rang, mais aussi les autres institutions financières
comme les courtiers et les assurances, les industries lourdes (acier, métaux,
chimie) et cycliques (automobile, électricité), le textile et la
construction.
Nous avons déjà eu
l'occasion d'analyser la crise japonaise dans ces colonnes : La crise
financière est la plus visible, avec un montant total de créances risquées
compris entre 650 et 1500 milliards de dollars. La démographie
vieillissante, les dirigeants politiques désavoués, les pratiques
douteuses à de nombreux niveaux de la vie économique ont également
contribué à une importante crise morale, laquelle interdit en retour au
Japon de se restructurer en profondeur.
Certes, de nombreux
efforts ont été entrepris : par la justice pour clarifier et faire
respecter les devoirs et obligations de chacun, par de nombreuses
entreprises pour s'adapter aux nouvelles contraintes économiques et
technologiques, par les individus eux-mêmes qui avaient un temps adopté
un comportement de cigale et se remettent à travailler avec l'ardeur des
générations précédentes. Le commerce extérieur japonais est toujours
excédentaire et le Japon est leader mondial dans des technologies aussi
avancées que l'Internet mobile, comptant 82% des pratiquants du monde.
Par ailleurs, les étrangers ont été admis à prendre des positions
inimaginables il y a encore 10 ans : c'est le cas des Français avec
Renault (Nissan), Carrefour et leurs institutions financières (Axa, Société
Générale, BNP Paribas).
Après plus de 10 ans
de crise, le Japon se retrouve donc avec une gigantesque dette publique et
privée, d'une part, et une quasi-absence d'envie de consommation, d'autre
part. Beaucoup prient le Japon d'avoir le courage d'engager des réformes
profondes, d'imposer des comptes qui reflètent la réalité économique,
de restructurer son administration et ses entreprises … et d'en accepter
les conséquences en termes de destruction d'emplois et de faillites
d'entreprises.
Il est possible mais
peu probable que ce scénario prévale. Au Japon, la plupart des décideurs
sont cooptés par leurs pairs. Ils sont ainsi mal placés pour faire le ménage
autour d'eux et condamner ceux-là mêmes qui les ont placés à leur
niveau de responsabilité. C'est quand Nissan a fait ce diagnostic qu'il
est allé chercher un actionnaire de référence armé d'un gestionnaire décidé.
Mais combien d'entreprises japonaises auront le courage d'en faire autant,
sans parler des administrations ?
En 1995 déjà, nous
suggérions "deux doigts d'inflation" pour l'économie
japonaise. Au fil des années, cette thérapie nous semble de plus en plus
appropriée au cas spécifique du Japon. Pour trois raisons principales :
Dans la situation
actuelle, les Japonais n'ont pas d'usage pour leur argent. Grâce à la déflation,
chaque mois qui passe rend les produits et services moins chers, ce qui
incite peu à la consommation. Et les plus gros épargnants du monde n'ont
pas non plus l'espoir de faire fructifier leurs yens : la bourse stagne à
son niveau d'il y a 14 ans, l'immobilier est plombé par de gigantesques
stocks récupérés par les faillites de la bulle des années 87-91 et les
taux d'intérêt sont à zéro.
Grâce à un peu
d'inflation, les consommateurs potentiels auraient intérêt à satisfaire
leurs envies et besoins maintenant plutôt que demain, les prix ayant
tendance à monter plutôt qu'à baisser. L'augmentation de consommation
attendue serait probablement de quelques pourcent, soit une multiplication
radicale des prévisions actuelles de l'ordre de 1% l'an et conformes aux
observations des 10 dernières années.
Nous admettons qu'une
partie de la population, plus frileuse, ne sera pas touchée par notre
argument de prix qui montent à la consommation. Il s'agira plus souvent
d'épargnants qui, confrontés à une espérance de vie longue, préféreront
mettre leur épargne dans des valeurs susceptibles de s'apprécier avec
l'inflation que dans des emprunts à taux fixe peu ou pas rémunérés.
Une partie de l'épargne pourrait ainsi de diriger à nouveau vers la
bourse ou vers l'immobilier.
Grâce à l'inflation,
la dette publique et privée tend à s'effriter de quelques pourcent
chaque année, tandis que la contrepartie en valeurs mobilières et
immobilières tend à s'apprécier … surtout si les épargnants
acceptent de les reprendre en considération. On peut ainsi imaginer qu'un
cercle vertueux se construise, où la demande des ménages fait repartir
l'économie et l'investissement productif éloigne le spectre d'une
faillite en chaîne des acteurs économiques.
La troisième raison
concerne l'usage de l'inflation comme outil de restructuration de l'économie.
Les décideurs japonais n'ont pas eu le courage de remettre en cause les
avantages acquis depuis les années fastes. Même les salaires démesurés
des cadres des banques par rapport à leurs performances n'ont pas été
revus. A l'opposé, de nombreux employés sont obligés de s'accommoder de
rémunérations de misère alors qu'ils sont les vrais moteurs des
entreprises qui les emploient.
Quelques points
d'inflation peuvent contribuer à rétablir l'équilibre entre ceux dont
les rémunérations constituent une ponction insupportable sur les
entreprises et ceux qui mériteraient de voir leurs apports mieux pris en
compte par leur employeur. Ce qui est vrai au niveau des personnes l'est
également au niveau des entreprises et des services, trop de
tarifications ne se justifiant encore que pour des raisons historiques.
Il reste le dernier
point de la définition de "deux doigts d'inflation". Dans mon
esprit, il s'agit de 2 à 4% d'inflation par an. On sait tous que les
moyens financiers pour y parvenir, dont la monétisation de la dette
(planche à billets), sont ceux qui rendent l'inflation incontrôlable.
Mais ce scénario est crédible et peut donc être expliqué longuement
aux divers acteurs économiques japonais avant d'être mis en action par
le nouveau gouvernement autant que par la Banque du Japon. Avec l'espoir
que la démarche psychologique et pédagogique permettra à tout un peuple
d'enfin mettre sa richesse dans ce qui fait avancer son économie.
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