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Les nouveaux enjeux de la présence
française au Japon
Après avoir convaincu
les Japonais de leur compétence et de leur efficacité, il devient urgent
que les Français les séduisent. Mars 2001.
Ce week-end dernier, la
France gagne 5 à 0 dans sa rencontre amicale de football contre le Japon.
Quelques mois auparavant à Sidney, David Douillet avait gagné la médaille
d'or olympique dans un match très contesté contre le finaliste nippon.
Quoi de si amical dans ces compétitions où la victoire est écrasante ou
contestée ?
Il en est de même dans
le domaine économique.
Renault a délégué
son gestionnaire de choc pour sauver et remonter Nissan. Jamais un étranger,
actionnaire ou manager, avait été admis à autant de responsabilités au
sein d'une grande firme nippone, encore moins pour lui administrer une
potion aussi amère. On imagine l'ambiguïté des sentiments de la
population entre le sauvetage d'un fleuron de l'industrie et le prix à
payer en abandonnant ce fleuron à un étranger qui le déleste de
quelques milliers d'emplois. Le résultat est là : Renault semble gagner
son pari et Nissan distribuera prochainement ses premiers dividendes
depuis de trop nombreuses années.
Quelques mois plus
tard, c'est Carrefour qui entre au Japon en bousculant le modèle japonais
de la grande distribution. Dès son projet connu, un puissant lobbying
local va chercher à en démontrer l'impossibilité. Carrefour doit
successivement surmonter les réticences des grands establishments du
foncier, de la finance, de la distribution et des media. Ces derniers, en
particulier, ont fait monter le suspense sur l'issue de ce premier
hypermarché japonais jusqu'à son lancement. Dès le premier mois,
Carrefour a vendu beaucoup plus de marchandise qu'il avait prévu et
ouvrira prochainement d'autres hypermarchés.
Entre les deux, les
institutions financières françaises se sont implantées pour collecter
et gérer l'épargne japonaise, laquelle est la première du monde tant
par son importance que par l'impossibilité d'en faire quoi que ce soit
dans sa monnaie nationale. Elles prospéreront peut-être face à des
acteurs ayant déçu les partenaires qui leur ont fait confiance. Les
marchés de la gestion de l'épargne japonaise sont considérables et les
enjeux sont essentiels, tant pour les épargnants que pour les entreprises
que leurs fonds irrigueront.
Dans le sillage de ces
grands acteurs, des dizaines d'entreprises s'engouffrent en profitant
d'une opportunité particulière sur un marché que l'on dit atteint de déprime
et de sinistrose. Les opportunités sont d'autant plus nombreuses que la
population est encore riche, la monnaie élevée, des secteurs entiers
sont déstabilisés et prêts à envisager des coopérations
internationales pour mieux s'en sortir.
La France conquérante
est en marche dans un pays qui lui avait porté la première estocade dans
les années 70 et garde encore avec elle un lourd excédent commercial. Au
fil de ces années, les relations franco-japonaises sont progressivement
passées de la confrontation à l'estime et à la coopération.
En 1999 et probablement
en 2000, la France aura été le premier investisseur dans l'Archipel.
Auparavant, les industriels japonais se sont implantés dans toutes nos régions,
de Bayonne à Strasbourg et de Sophia Antipolis à Rennes. Ils ont racheté
Dunlop à Montluçon et viennent de créer une magnifique usine de montage
automobile à Valenciennes. Les financiers ont eu leur heure de gloire à
Paris. DoCoMo, première capitalisation de l'Archipel, s'intéresse
maintenant à notre marché des télécommunications et de l'Internet
mobile.
Ces grandes manœuvres
d'interpénétration réciproques sont naturelles, saines et bien dans l'évolution
actuelle de l'économie mondiale. Elles ne sont pas sans poser quelques
problèmes de friction : il suffit de se remémorer notre agacement face
à l'invasion commerciale japonaise dans les années 80 (notre première
ministre de l'époque) et les manifestations plus récentes face à une
restauration rapide venue d'outre-Atlantique.
Avec la globalisation,
le nationalisme est amené à s'estomper, mais il est encore soutenu par
trop de manifestations symboliques comme il s'en passe sur les stades et
les salles de sport. Il est plus important de nous souvenir que
l'internationalisation consiste à générer des revenus en servant des
clients locaux le mieux possible. Les groupes qui s'exportent le plus
efficacement sont ceux qui font le mieux oublier leur origine géographique,
tout en restant fidèle à leur culture d'entreprise.
Il est normal qu'enfin
les entreprises françaises s'intéressent à la seconde économie du
monde, aussi forte que le reste de la zone Asie-Pacifique ou que le trio
composé de la France, l'Allemagne et l'Angleterre. Et il est stratégiquement
astucieux de le faire quand le Japon a le plus besoin d'elles, pour
affronter sa propre crise morale et managériale. Personne ne doute que,
grâce à leurs ressources personnelles et matérielles, les Japonais
surmonteront cette crise qui dure depuis maintenant plus de 10 ans. La
concurrence sur leur marché aura alors encore une fois changé de nature
et ils se souviendront des circonstances de notre arrivée.
Les Français
commencent véritablement à convaincre au Japon. La prochaine étape sera
de séduire, afin que la population ne voie pas dans nos succès une conquête
indésirable et subie, mais un partage de compétences, d'engagement et la
mise à leur disposition du meilleur de nous-mêmes. Après avoir déployé
des trésors de compétence et d'ingéniosité pour nous implanter, déployons
maintenant des trésors de charme et d'empathie pour nous faire totalement
accepter.
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